Marche spirituelle dans le
désert blanc.
Retour de ce désert insolite.
Arrivés au Caire, nous montons sans tarder dans le 4x4.
Pas de dromadaires : nous n’en verrons pas, juste deux ou trois à la lisière du désert. Ces « vaisseaux du désert », s’ils ne boivent pas, ont besoin de manger et dans ce désert blanc, il n’y a aucune végétation. Je dirais, pour ma part, que le dromadaire se fondrait mal dans ce paysage lunaire. Ce désert a vraiment des caractéristiques propres à aucun autre.
Direction Barahiya à 360 km. Là nous déjeunons – repas typique – chez les parents de notre guide du désert Mamouda, une maison en terre avec jardin broussailleux et animaux de basse-cour. L’accueil est des plus chaleureux. Nous nous déchaussons avant d’entrer dans la maison.
Nous quittons nos amis car nous avons encore 160 km à parcourir avant notre premier bivouac. Nous longeons le désert noir que nous pouvons admirer du haut d’une colline : paysage lunaire et sombre.
Continuation jusqu’au « pont de cristal ».
Après les 60 km restants, nous arrivons à notre premier bivouac, contrefort du désert blanc, le paysage commence à s’éclaircir et à porter son nom. Superbe coucher de soleil.
Nos deux premières journées sont dans le désert blanc oriental, celui dont nous pouvons voir les photos dans les brochures touristiques avec ses rochers calcaires, de craies, sculptés par les vents et les pluies et dont la signification des formes est laissée à l’imaginaire des pèlerins. On marche sur un mélange de sable très blond et de craie mais aussi parfois des éclats de lave (noirs) provenant du désert noir et venus jusqu’ici par la volonté du vent. Cette partie du désert avec ses sculptures, nous a-t-on dit, n’existera plus dans 30 ou 50 ans : il n’y aura plus de roches calcaires sculptées, trop fragiles face à de nombreuses agressions (vents, pluies, les 4x4, les touristes qui grimpent dessus pour s’y faire photographier et sous les pieds desquels des plaques se brisent… il n’y a malheureusement pas de règlement concernant les touristes).
Le troisième jour, nous arrivons sur le désert occidental : le plus beau, le plus merveilleux, celui que l’on ne voit pas dans les catalogues !
On se croirait dans l’arctique, il ne manque que les ours et les brise-glace. On peut aussi s’imaginer aux sports d’hiver avec ces plaques calcaires, blanches comme la neige gelée qui craque sous nos pieds ! Parfois également, vous vous trouvez devant un paysage montagneux, très abrupt, très à pic, qui vous transporte dans le Hoggar sauf que tout est blanc, enfin miel très clair, et plus doux à l’œil que les montagnes du Hoggar qui sont coupantes, sévères.
Vers 23 heures, je ne tenais plus tranquille dans mon sac de couchage et me suis levée pour faire une promenade d’une petite demi-heure environ (sans trop m’éloigner, et avec mon sifflet), toute seule au milieu de ces ombres fantasmagoriques : c’était beau et mystérieux. Il faut vous dire que nous étions en période de pleine lune et on voyait clair ; c’était une lumière blafarde, jaunâtre, jouant avec les formes que lui offrait le désert. Je me suis laissée enveloppée par tout ce mystère qui n’est révélé qu’à ceux qui sont assoiffés de beauté extrême, d’absolu.
Je dirais que bivouaquer, dormir à la belle étoile, cela se mérite : il faut demander la permission au ciel de pouvoir le contempler, il est si beau drapé de son manteau bleu nuit scintillant. Nous avons eu la chance de pouvoir l’admirer les deux dernières nuits car avec la pleine lune qui se levait tôt, le ciel n’était pas encore étoilé.
Avec tout cela, pendant toute cette marche : le silence, compagnon fidèle de votre recherche spirituelle ; vous y ajoutez l’enseignement religieux du père sur la « Création du monde », et vous êtes comblé de grâce. Je serais bien restée deux ou trois jours de plus dans ce désert occidental ; les autres pèlerins aussi d’ailleurs : nous avons eu des moments et des émotions très forts.
Voici une très jolie phrase de notre père accompagnateur :
« Et Dieu dit :
- Le silence pour m’écouter et la beauté pour me voir ! »
Danielle Strutz
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