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Interview
Voyage en Arménie avec Antoine Sfeir

SFEIRAntoine Sfeir, journaliste et consultant sur le Proche Orient et les chrétiens d’Orient, accompagnera notre prochain voyage en Arménie du 6 au 14 mai 2012.

Petit îlot coincé entre la Turquie, l’Iran, l’Azerbaïdjan et la Géorgie, l’Arménie ne dispose d’aucun accès à la mer. Quels sont les enjeux géopolitiques pour l’Arménie aujourd’hui ?

En plus de cet enclavement que subit l’Arménie, le pays a un véritable contentieux avec son voisin turc. En effet, depuis le génocide de 1915, la Turquie refuse de reconnaître ce dernier malgré les protocoles signés en 2010. Il semblerait qu’ils ne fassent pas l’unanimité.
L’Arménie est sortie de cet enclavement en passant par des accords très forts avec la Russie. La Russie elle est restée neutre dans le conflit qui oppose l’Arménie à l’Azerbaïdjan autour du Haut-Karabakh, un territoire peuplé d’arméniens, mais qui appartient à l’Azerbaïdjan.
Au-delà de cet enclavement l’Arménie a pu avoir accès à la mer grâce à des accords avec l’Azerbaïdjan. L’Arménie commerce énormément grâce à l’Iran et tente par tous les moyens d’éviter une dépendance unique soi vis-à-vis de la Russie soi vis-à-vis de l’Iran.

Premier pays chrétien de l’histoire, quels sont les enjeux et défis pour cette minorité à forte identité chrétienne au milieu de ces enclaves musulmanes ?


L’Arménie est le premier état chrétien, c’est-à-dire le premier état qui a fait du christianisme sa religion d’état, mais ce n’est pas le premier pays chrétien.
En deuxième lieu, il est certain que cette chrétienté ancienne au milieu d’un océan musulman évite à l’Arménie de prendre position dans les conflits de la région, mais néanmoins le voisinage de la Géorgie orthodoxe et surtout de la Russie orthodoxe permet à l’Arménie aussi d’avoir une sorte d’allié dans une diplomatie orthodoxe parallèle que la Russie a mis sur pied depuis 1991. Néanmoins, le fait d’avoir un contentieux avec l’Azerbaïdjan musulman, avec la Turquie musulmane donne à la Turquie aussi la possibilité d’établir des liens en dehors de la région, mais en même temps risque de sombrer à un moment donné avec ses voisins musulmans dans une sorte de guerre de religion, ce que l’état arménien a jusque là toujours évité.


Où en sont les tentatives d’apaisement entre l’Arménie et la Turquie à propos du génocide arménien ?


Comme je vous le disais, la Turquie et l’Arménie ont signé des accords qu’on appelle les protocoles et qui mettent de côté le grave contentieux du génocide arménien, la Turquie refusant pour le moment de reconnaître ce génocide. Les deux pays se sont mis d’accord pour qu’il y ait une commission mixte d’historiens qui se penche sur la question. Il est un fait que l’état d’esprit de la Turquie et de la population qui a énormément évolué depuis quelques années, les écrivains et les intellectuels se sont engagés sur ce chemin, n’oublions pas qu’il y a quelque temps encore, il était tabou, juridiquement parlant, de parler du génocide arménien. Aujourd’hui, même si les textes n’ont pas changé, les intellectuels, professeurs, écrivains et autres en parlent d’une manière tout à fait naturelle, si certains ont eu maintes affaires avec la justice, ils s’en sont, dans ces derniers temps, sortis relaxés. Quelques incidents viennent entacher la poursuite des pourparlers entre les deux pays, comme l’assassinat d’un journaliste arménien en Turquie, mais il n’en reste pas moins que les protocoles aujourd’hui, comme je vous le disais, ne font pas l’immunité notamment au sein de la diaspora arménienne qui craint que le génocide ne soit sacrifié sur l’autel de la realpolitik.


Quels sont vos coups de cœur, en terme de visite, au cours de ce voyage ?


C’est difficile de choisir, Erevan a un caractère particulier, il y a une atmosphère dans cette ville qui rend le visiteur totalement sensible et perméable à la gentillesse des gens, à l’accueil qu’ils nous réservent. C’est tout à fait une autre atmosphère quand on aborde les autres villes ou la campagne dans la mesure ou elles sont parsemées de monastères juchés sur les montagnes et creusés dans la pierre et qui ont une sorte d’aura particulière. C’est avant tout une atmosphère unique que l’on retrouve en Arménie au-delà de la pauvreté apparente, il y a une sorte de foi qui porte ces gens là et cette foi est contagieuse.

 

Interview d’Antoine Sfeir, conférencier du voyage culturel en Arménie - Décembre 2011

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