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Lettre du 8 mars 2013

Oman / Emirats arabes unis avec Antoine Sfeir


Antoine Sfeir, vous accompagnez le voyage culturel du 19 au 29 novembre 2013 à Oman et aux Émirats arabes unis.

Antoine Sfeir ConférencierPouvez-vous nous dire comment sont nés les Émirats arabes unis et quelle est leur origine ?

Avec le Qatar et Bahrein, les Émirats arabes unis représentaient ce que l’on appelle dans nos manuels de géographie la côte des pirates. Ces émirats vivaient de la pêche des perles et étaient colonisés par les britanniques depuis la fin du XVIIIème siècle. Le plus grand des émirats était Abu Dhabi avec à sa tête le calife Zayed al Nahyane, de la tribu du même nom, qui eut l’idée de réunir tous ces émirats pour en faire un seul état plus important.
Le sultanat d’Oman était un pays un peu excentré qui contrôlait le détroit d’Ormuz et par lequel passait 17 % du pétrole mondial.
Les émirats commencèrent à discuter de cette unification dans les années 60-65. Le monde entier avait alors les yeux braqués sur l’Arabie Saoudite et également sur le Koweït qui s’est doté, sous l’influence britannique, d’un parlement. Cheikh Zayed entreprit ainsi la création de ce nouvel état qui devait rassembler 9 émirats, mais quelques semaines avant la proclamation prévue en décembre 1971, et à cause de turpitudes, le Qatar et l’émirat de Bahrein annoncèrent qu’ils ne feraient pas partie de ce nouvel état. En renonçant à cette unification, le Qatar et l’Emirat de Bahrein pensaient que cheikh Zayed renoncerait à son projet. Mais bien au contraire, il poursuivit son idée et les Émirats arabes unis furent proclamés, réunifiant 7 pays.
Certains décalages sont visibles entre Abu Dhabi et les autres émirats. En effet, Abu Dhabi représente 80 % de la surface mais aussi du budget global de ce pays. Dubaï est le deuxième plus important état et c’est l’embouchure avec le golfe persique. Quant aux émirats de Ras Al Kahyma, Oum Kiwan et Sharjah, ils ne pèsent pas lourd dans le budget des Émirats arabes unis.

 

Oman Emirats arabes unis- Voyage culturel Antoine SfeirSitués sur la presqu’île arabique, berceau de la religion musulmane, à quel islam a-t-on a faire aux Émirats arabes unis et à Oman ?

Il est bien entendu que toute cette partie des émirats dont on vient de parler appartient à la branche sunnite, c’est-à-dire 90 % des musulmans dans le monde. Le Qatar a la particularité d’appartenir au wahhabisme, un courant de l’école handalite qui est elle-même l’un des quatre mouvements théologiques et juridiques retenus par l’école chiite à la fin du XIIème siècle. Les handalites pratiquent une lecture littéraliste du coran et excessivement rigorique.
Les autres émirats appartiennent plutôt à la voie traditionnelle et à l’école juridique et théologique chaseite. Quant au sultanat d’Oman, sa population appartient à la troisième branche de l’islam, celle dont on ne parle jamais, les kahareijts. Les kahareijts sont les musulmans qui ont quitté la communauté en 661 reprochant au calife Ali, cousin et gendre du Prophète, d’avoir accepté de discuter avec ses ennemis d’alors. Ali sera d’ailleurs assassiné par l’un d’entre eux en 661. Les kahareijts sont connus sous le nom d’ibabites, qui signifie « les adorateurs », car ils considèrent qu’il faut adorer Dieu seulement et que quiconque est un bon musulman peut devenir calife.
Le sultanat d’Oman est le seul pays de la péninsule arabique qui comprend des églises, des temples et même depuis peu, une synagogue. Oman considère de fait qu’il est un pays ouvert au monde et qui a accueilli énormément d’étrangers.


Vous venez de sortir un livre « L’Islam contre L’Islam ». N’est-on pas, avec ces deux pays, en présence de deux islams fondamentalement opposés ?

Dans mon livre j’aborde très peu les kahareijts, seulement pour expliquer qu’il s’agit d’une troisième branche de l’islam et que c’est la première dissidence dans l’islam. Mon livre s’intéresse plutôt à cette interminable guerre qui secoue le monde musulman entre sunnites et chiites. Les chiites se trouvent bien entendu en Iran, mais aussi au Pakistan, en Afghanistan, en Inde, en Chine, en Asie centrale, en Irak et au Liban où ils sont en forte minorité.
Je m’attache beaucoup plus à montrer les différences au départ matérielles et temporelles entre sunnites et chiites pour que l’on réalise au fil des années et des siècles des véritables différences dogmatiques.


Pays pétroliers à l’économie flamboyante, quel est l’avenir de ces pays à long terme lorsque les réserves seront épuisées ?

Tout d’abord ce n’est pas une économie, c’est une financiarisation. Le pétrole et le gaz éDubai- Voyage cultureltant une manne qui leur est tombée du ciel, ces émirats sont restés dans une économie industrielle qui est celle du pétrole. Ils ont certes essayé de se diversifier. L’Arabie Saoudite et les émirats se targuent d’avoir une agriculture, pourtant il leur manque l’essentiel qui est l’eau. Les îles qu’ils ont construites ont sédentarisé les tribus qui ignorent de plus en plus leurs racines qui sont celles du désert. Néanmoins, l’économie n’est flamboyante que parce qu’il y a une financiarisation mondiale de l’économie. Ce qui est important de noter, c’est que les émirats ont déjà prévu l’après pétrole, car ils consacrent 10 % de leurs recettes pétrolières et gazières uniquement aux générations futures. Oman a moins de pétrole que le reste du golfe et vit énormément du passage du pétrole sur son territoire et de la construction d’oléoducs et de gazoducs qui vont jusqu’en Inde et au Pakistan.


Dubaï, à la fois moderne et ancienne, est devenue la ville des superlatifs avec l’île artificielle de Palm Jumeirah et sa tour Burj Khalifa qui mesure 828 mètres de haut. Comment l’islam s’accommode de ces contrastes ?

L’islam ne condamne pas la richesse, bien au contraire. Tout ce qui nous arrive sur terre dépend de Dieu. Si nous sommes riches c’est grâce à Dieu. Si nous sommes pauvres également. Vous avez parlez de superlatif, et vous avez ô combien raison, puisque le superlatif s’applique aussi dans le virtuel et Dubaï est l’incarnation même de la virtualité. On trouve à Dubaï des banques, des malls (immenses centres commerciaux), mais il n’y a pas autre chose...


Interview d’Antoine Sfeir, accompagnateur du voyage culturel Oman / Émirats arabes unis, mars 2013.

Plus d’informations sur le voyage culturel Oman / Émirats arabes unis.

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